Enfant "Roi"

Une bonne petite fessée, forcer à manger, tirer les oreilles, pincer ou même être comparé à un frère ou une sœur plus calme, dire qu’il n’y a pas de quoi pleurer ou encore forcer à dire bonjour n’ont jamais tué un enfant. On n’en est pas mort, nous !

Quoi que…

Et si l’éducation qui nous a été héritée n’était pas la meilleure ?

Pourquoi ne pas se pencher sur un mode d’éducation bienveillant ?

Les « enfants rois » ne sont-ils pas le symptôme d’adultes désorientés, pris entre deux modèles éducatifs ?

L’un basé sur la menace et l’autorité, l’autre sur la relation et l’empathie ?

 

Qu’il est difficile de gérer une crise, une colère ou des pleurs à répétition. Même vous, adultes qui n’avez pas d’enfant, pouvez ressentir cet inconfort. Inconfort perçu parce que vous pouvez sentir, partiellement, ce que l’enfant ressent, ou tout simplement parce que cela vous dérange d’entendre ses cris.

Pour cette dernière raison, cela renvoie certainement à une norme sociale soumise à des injonctions parentales subies, mais on y reviendra un peu plus bas.

 

Alors oui, ça fonctionne : la peur, la menace implicite ou non, l’isolement, le chantage ou la minimisation des ressentis chez l’enfant permettent aux parents d’exercer un pouvoir sur leur progéniture. Cette façon d’éduquer donne des résultats assez rapidement, mais elle laisse des traces et des organisations de pensée confuses, avec un registre émotionnel immature à l’âge adulte.

En clair : obéir et se tenir droit. Mais au détriment du lien (indéfectible chez l’enfant) et de sa subjectivité. N’oublions pas que les enfants aiment à tout prix, même dans la peur ou dans la brutalité.

Les adultes nés autour des années 80–90 sont bien concernés par cette méthode, moins sévère que celle de leurs parents eux-mêmes, mais encore rude. Il ne s’agit pas ici de culpabiliser nos parents ni de les blâmer. Ils ont eu un bagage à porter, aussi lourd soit-il. Il est question de mettre en lumière une méthode qui donne des résultats bancals à long terme.

 

Cette méthode coercitive, nous la connaissons tous. Toutefois, il est difficile de la nommer tant elle fait partie intégrante de notre société et de notre culture française.

  • Isoler volontairement un enfant de deux ans parce que sa frustration déborde, c’est couper le lien avec son parent. C’est lui faire comprendre : « Je te laisse seul avec ton incapacité à te réguler. » 

Si, en plus, l’adulte le blâme, « C’est bon, t’as fini ta crise ? Plus jamais tu cries ou tu pleures comme ça ! », c’est le combo parfait pour lui faire ressentir le rejet et lui faire endosser quelque chose qu’il ne sait pas porter.

  • Lui dire : « Regarde comme ta sœur est sage ! », c’est non seulement faire une comparaison dévalorisante, mais aussi altérer la relation de la fratrie. 
  • « Tu me déçois » ou « Si tu continues, je ne te parle plus », c’est menacer le lien parental dans un objectif d’obéissance et lui faire porter la responsabilité de l’émotion du parent. 
  • « Tu rends maman triste » ou « Regarde ce que tu me fais », c’est aussi faire porter à l’enfant notre émotion, alors que lui-même ne sait pas contenir la sienne.

Je ne vous parle même pas des atteintes physiques, qui sont tout aussi délétères pour eux.

Bref : punir pour obtenir l’obéissance.

 

Nous connaissons aussi cette situation en public, lorsque l’enfant « fait sa crise ». C’est gênant, n’est-ce pas ? Sévir à tout prix ne serait-ce pas aussi répondre à une norme sociale où il est hors de question que mon enfant déborde en public ? Qu’est-ce que cela pourrait dire de moi, sous tous ces regards moralisateurs ? Comme je le disais en début d’article, oui, c’est dérangeant, ces cris et ces pleurs.

 

Ce sont des façons de faire qui sont, depuis longtemps, ordinaires, inconscientes et socialement validées mais c’est précisément à cet endroit que cela devient dangereux pour nos enfants. Car c’est une méthode qui coupe l’émotion, coupe le ressenti et bloque frontalement l’expression de ce qui doit sortir.

Toutefois, il y a une réponse.

 

Nous la connaissons tous, cette éducation dite « positive », et il faut dire que le débat fait énormément de bruit, tant les résultats sont visiblement galvaudés. Et si ce n’était pas la technique qui était problématique, mais le choc générationnel de ces nouveaux parents pris entre deux modes d’éducation ?

Comme énoncé en introduction, comment pouvons-nous mettre en application quelque chose que nous n’avons jamais, ou que très peu, ressenti dans toute sa justesse, à cause de cet héritage ?

Et si les mauvais résultats étaient dus à un mésusage ou à une mauvaise application de la méthode, plutôt qu’à la méthode elle-même ?

Une incompréhension, donc un mauvais résultat.

 

Imaginez un enfant capable de nommer ses ressentis, de poser ses propres limites et de manifester un désaccord sans s’effondrer, ou encore de rester en lien sans se soumettre aux injonctions.

Pour certains adultes, cela mettrait certainement en crise leurs propres organisations psychiques, car il s’agirait de reconnaître qu’ils ont grandi sans cette non-reconnaissance des émotions, de renoncer à l’idée que la soumission « ça forge », et d’affronter la perte du « on aurait pu faire autrement ».

Inconcevable pour certains.

L’adulte qui dit de l’enfant qu’il manipule, qu’il commande ou qu’il est trop sensible se confronte à cette possibilité qu’il est lui-même immature émotionnellement.

Alors il faut rejeter cette éducation positive, qui menacerait la toute-puissance de ces adultes qui « savent » et qui n’ont rien à apprendre de nos enfants.

Ce sont peut-être pour ces deux raisons que le débat est en effervescence :

  • La confrontation de deux modes éducatifs,
  • Et des adultes incapables de revoir leurs systèmes, car eux-mêmes issus d’un modèle d’éducation coercitif.

Cette remise en question crée des points de tension, des essais, des erreurs et des ajustements. Elle marque peut-être un point de bascule de notre société vers ce changement.

 

Mais finalement, éduquer avec bienveillance, qu’est-ce que c’est ? 

Le parent est garant exclusif de la régulation émotionnelle et psychique de son enfant.

Il s’accorde aux dispositions intellectuelles et affectives, plus ou moins matures selon l’âge, et c’est à l’adulte de s’adapter à ce que l’enfant est capable ou non de faire, et d’accueillir.

C’est savoir poser des limites, ou plutôt des repères, clairs et intelligibles.

Ces repères autonomisent et subjectivent l’enfant petit à petit.

Il y a dans cette approche une empathie et un respect, car, au même titre que nous, adultes, l’enfant est un sujet à guider et non un objet à contrôler. On ne verticalise plus la relation : il n’y a pas de rapport de force ni de domination, mais une horizontalité d’humain à humain. Cette horizontalité ne signifie ni être « parent-copain », ni rendre floues les places, mais aborder l’enfant avec ses besoins, ses ressentis et son individualité.

Ce n’est pas une éducation permissive où l’enfant a droit à tout, et surtout pas à l’absence de frustration.

Il demande à être régulé avec bienveillance et empathie, car il ne sait pas faire seul.

C’est à l’adulte responsable de poser les contours indispensables pour contenir les émotions et border ce qui explose chez son enfant.

 

C’est une méthode exigeante, qui demande du temps, chose dont nous manquons aujourd’hui. Ajoutons à cela la fatigue, la pression : dans la précipitation, on rate, on trébuche, on se trompe. Il faut se rappeler que c’est aussi cela, l’apprentissage : l’erreur. Ils ont beaucoup à nous apprendre.

Alors adoptons aussi cette posture d’enfant : essayons, faisons.

Rappelons-nous enfin qu’ils n’ont évidemment pas besoin de parents parfaits, mais de parents faillibles et fiables.

Rassurez-vous : même un public averti n’échappe pas à cette règle. Nous sommes avant tout humains avant d’être parents. Je suis formé, en thérapie, attentif à la relation… et pourtant, je me trompe. Parce que lorsque l’émotion déborde, ce n’est pas le savoir qui parle mais l’histoire.

La différence ne tient pas à l’absence d’erreur, mais à la capacité de reconnaître, réparer et remettre du lien.

 

Pour finir, nous sommes tous d’accord : un enfant ne fait pas ce qu’il veut... Mais il fait ce qu’il peut, avec un adulte qui doit le guider pertinemment. 

  • La coercition agit sur le comportement. 
  • La relation bienveillante agit, elle, sur une organisation psychique saine.

L’une donne des résultats immédiats, l’autre construit un sujet en devenir.

 

C’est peut-être l’une des pierres angulaires d’une société plus juste, plus empathique, plus tolérante à la frustration sans se raidir ; capable de soutenir un désaccord sans voir l’autre comme une menace, et de différencier désir et besoin. C’est faire l’expérience d’un lien solide et sécurisant, qui n’a pas besoin d’échappatoires pour se réparer ailleurs. Car aimer son enfant dans toute sa justesse, ce n’est pas l’aimer sous condition d’obéissance, par la menace, le chantage affectif ou l’humiliation, aussi subtile soit-elle.

 

Vous en connaissez peut-être, des adultes qui aiment sans savoir pourquoi.

  • Qui s’attachent à des relations toxiques. 
  • Qui ont ce besoin excessif d’être rassurés, validés pour exister.
  • Des dépendants affectifs.
  • Des adultes qui refusent l’aide malgré la détresse.
  • Qui oscillent entre le sentiment d’être trop ou pas assez.
  • Qui répètent des scénarios relationnels douloureux.

 

La liste pourrait être longue…

 

Si ces mots font écho à votre histoire, à votre parentalité ou à vos liens, alors peut-être qu’un espace pour déposer, comprendre et transformer ce qui se rejoue aujourd’hui peut avoir du sens.

 

Mon inspiration pour ce sujet : Marion Cuerq : « Une enfance en Nord »

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